- Palme d'Or : Amour de Michael Haneke
- Grand Prix : Reality de Matteo Garrone
- Prix d'interprétation féminine : Cosmina Stratan & Cristina Flutur pour Au-delà des collines
- Prix d'interprétation masculine : Mads Mikkelsen pour La chasse
- Prix de la mise en scène : Post tenebrax lux de Carlos Reygadas
- Prix du scénario : Au-delà des collines de Cristian Mungiu
- Prix du jury : La part des anges de Ken Loach
- Caméra d'or : Les bêtes du sud sauvages de Benh Zeitlin
Moretti aurait-il cherché à se venger de l'édition 2011, qui vit repartir bredouille son (mineur) Habemus papam ? C'est un peu l'impression laissée par le palmarès du soixante-cinquième festival de Cannes, annoncé dimanche soir avec force commentaires. Alors qu'il y avait lieu de se satisfaire des deux dernières éditions, qui consacrèrent des œuvres aussi complètes et merveilleuses que The Tree of life ou Oncle Boonmee, le jury de Nanni Moretti a provoqué un petit taulé en récompensant quasi-systématiquement les long-métrages ignorés par les médias ou décriés par la presse. A l'exception notable de sa Palme d'Or, remise sans surprise (et donc sans passion) au déjà palmé Michael Haneke et à Amour, son film de vieux.
NOUS N'AVONS ENCORE RIEN VU
Bien entendu, difficile d'évaluer avec justesse ce palmarès a priori, en ayant vu seulement quatre des vingt-deux films de la compétition officielle (et sans doute pas les meilleurs). Est-ce à dire, toutefois, que les œuvres primées par Moretti sont d'un niveau bien supérieur ? On ne peut pas juger sur pièces, seulement se fier à trois choses : les retours de la presse et des critiques (ceux de confiance en tout cas) ; les quelques extraits ou bande-annonces qu'on a pu chiper ici ou là ; et les pressentiments et autres préjugés, tout simplement. Autant de données qui ne demandent qu'à être relativisées par la suite, jamais à l'abri d'une mise au point ou d'une surprise (bonne ou mauvaise), mais sur lesquelles on peut déjà s'appuyer pour se faire une idée.
Pour commencer, ce palmarès aura eu le premier mérite d'ignorer des œuvres dont on peut déjà dire ce qu'elles valent, pour la bonne
raison qu'elles sont déjà sorties en salles. Sans rentrer dans les détails (ce sera l'objet d'un prochain article), on ne voit pas très bien quels prix auraient pu glaner, du moins de manière
totalement justifiée, des long-métrages comme Moonrise Kingdom, De rouille et d'os,
Sur la routeet Cosmopolis. Ce sont toutes des œuvres estimables, parfois très plaisantes (surtout
celle de Wes Anderson), mais sans plus ; pas vraiment le genre de films avec lesquels on peut écrire la légende d'un grand festival international ou dresser l'état des lieux du cinéma mondial,
voire du monde tout court – quoiqu'avec le Cronenberg à la limite, et encore...
JOIES ET DÉCEPTIONS
Outre l'absence de Jacques Audiard ou de David Cronenberg, notons également, au rayon des bonnes nouvelles, le sacre de l'un des acteurs européens les plus puissants et les plus charismatiques de sa génération. Quelle que soit la qualité du film dans lequel il joue (La Chasse), Madds Mikkelsen méritait un prix de cette ampleur, ne serait-ce que pour distinguer une carrière placée sous le signe de l'abnégation, du déchaînement fauve et de la richesse dramatique. Le couronnement de Behn Zeitlin (Caméra d'or) augure aussi du meilleur pour son premier film, Les Bêtes du sud sauvage, l'une des œuvres les plus appréciées et les plus excitantes de la quinzaine. Pour ce que l'on en connaît, elle se présente un peu comme le Take shelter de 2012 : même buzz en section parallèle, même décor planté dans le sud des States, même obsession pré-apocalyptique, même intimisme familial...
Jeff Nichols justement, qui rejoindra, quant à lui, la case des déceptions : le cinéaste américain ne semble pas avoir transformé l'essai de Take shelter avec son Mud, pourtant l'un des long-métrages les plus attendus de la compétition (l'un des préférés de Thierry Frémaux, aussi, si l'on en croit la rumeur). Nada pour lui dans le palmarès. Nada non plus pour deux frenchies que l'on visait au tournant : Alain Resnais d'abord, dont le Vous n'avez encore rien vu sonnait comme la plus belle promesse de ce festival, Leos Carax ensuite, dont l'intriguant Holy Motors semble faire exploser toutes les frontières (un peu comme Oncle Boonmee) et a carrément soulevé la presse française.
FRANCS-TIREURS
Les francs-tireurs Carax et Resnais nous donnent l'occasion d'un peu de chauvinisme : l'embellie du cinéma français semble se poursuivre cette année, et on ne va pas en pleurer. Cannes est souvent l'occasion de prendre le pouls du cinoche hexagonal ; une fois n'est pas coutume, il ne semble pas avoir failli à sa mission. Ce cru, comme le précédent (sauf 2010, année noire), donne envie par son ampleur, son originalité, ses prises de risque. Il y a euEntre les murs , Un prophète , Les Herbes folles, The Artist, Polisse, L'Apollonide (et les prix qui vont avec : une Palme d'or, deux Grands Prix, un Prix du Jury, un prix d'interprétation masculine...) ; il y aura Alain Resnais et Leos Carax, on prend les paris, alors même que Les Adieux à la Reine continue de truster la première place du podium 2012. Même De rouille et d'os, s'il n'arrive pas toujours à la hauteur de ses ambitions, a le mérite d'en faire preuve (d'ambition) et de les atteindre de temps en temps.
A ce titre, beaucoup regrettent l'absence du cinéma français dans le palmarès alors que la sélection, semble-t-il, méritait cet
honneur. C'est oublier qu'Amour semble carrément pencher du côté françois, malgré sa (seule
et inexplicable) nationalité autrichienne : comédiens français, distributeur français, décors français, dialogues en langue française... De manière plus souterraine, mais aussi plus essentielle,
le film d'Haneke semble s'inscrire dans un ''genre'', ou du moins dans une tradition typiquement hexagonale, celui du drame de chambre entièrement porté par sa sobriété et son art de
l'acting, directement hérité du théâtre - c'est de là que vient Jean-Louis Trintignant, lui qui n'écume plus les plateaux de cinéma depuis dix
ans. D'ailleurs, en remettant la Palme d'Or et en la dédiant (exclusivement ?) aux deux acteurs principaux, Moretti semble avoir fait un geste
vers la France (qu'il a saluée comme un pays « faisant une vraie place au cinéma
») plutôt que vers le réalisateur autrichien, Michael Haneke, dont il a déjà dit publiquement tout le mal qu'il en pensait.
DE LA « FACILITÉ »
Mauvais esprit ou non, le Président du Jury a tenu ses promesses de pré-compétition. « Je ne veux pas récompenser de films trop faciles » avait asséné Moretti en préambule, taclant au passage une œuvre comme The Artist – malheureusement pour lui, The Artist était partout sur la Croisette cette année, de Bérénice Béjo en maîtresse de cérémonie à Jean Dujardin sur le tapis rouge, celui-là même qui avait chipé le prix d'interprétation au favori Piccoli l'an passé. ''Faciles'', les principaux lauréats du palmarès 2012 ne le sont assurément pas, si on en juge par leurs pitchs : lente agonie de deux octogénaires, professeur accusé à tort de pédophilie, exorcismehardcore pratiqué sur une jeune fille dans un couvent orthodoxe, couple de citadins découvrant l'animalité et la folie habitant une campagne mystique...
Sauf qu'il y a ''facile'' et ''facile''. Si Moretti entendait par ''facilité'' l'usage de procédés rebattus ou de grosses ficelles,
sa profession de foi est toute à son honneur. Mais s'il entendait par là des notions comme ''divertissement'', ''fantaisie'', ''légèreté'' ou ''magie'', son credo est bien plus contestable, sans
parler de son palmarès... Car la posture (imposture ?) de l'Auteur tout-puissant et autiste, balançant ses bizarreries en étant certain d'être taxé de génie à tous les coups, est souvent la pire
des facilités , bien davantage que le travail sincère d'un bon artisan. On se souvient de l'ouverture arty et clippesque de Melancholia l'an passé, et du calvaire que fut Le Cheval de Turin, Grand Prix de la Berlinale
2011... A juger, au hasard, des premières images de Post Tenebras
lux (l'un des prix les plus décriés du palmarès), on ne semble pas très loin de
ce type de volontarisme à tout crin, entre terrorisme intellectuel et artifices formels volontairement rebutants : demi-flou continu des images,
étrangeté malaisante de ce qu'elles donnent à voir, étirement langoureux des séquences...
En bref, le doute est permis. Il l'est d'autant plus que ce palmarès, quand même très bizarre, opère un curieux hiatus entre les œuvres doloristes, typiques des grands ''Auteurs'' européens se nourrissant de martyrs (Mungiu, Haneke, Vinterberg), et les œuvres ouvertement comiques. Des comédies dont tout le monde s'est accordé à dire qu'elles étaient soit très balourdes (amer Grand Prix du Jury pour Reality et Matteo Garrone... un protégé de Moretti), soit très mineures (ronflant Prix du Jury à Ken Loach, qui n'avait vraiment pas besoin de ça). Un peu comme si les jurés avaient cherché à ''s'excuser'' de primer des films aussi austères qu'Au-delà des collines ou aussi déprimants qu'Amour, mais sans avoir su trouver de demie-mesure, contraints à un grand écart pour le moins aberrant.
2011/2012
Mais ne blâmons pas entièrement le Jury qui, après tout, ne peut composer qu'avec ce qu'on lui donne – c'est à dire pas grand-chose, si l'on en croit les critiques. Terne, sans éclats, monotone, prévisible... Les mêmes piteuses rengaines revenaient dans les commentaires tout au long de ces douze jours de compétition. Bilan qu'on pouvait sentir venir de loin, tant la sélection semblait peu excitante sur le papier, à quelques exceptions près (Resnais, Cronenberg, Carax)... On pensera ce qu'on veut de l'édition 2011, notamment que sa sacralisation par les médias a quelque chose d'un peu agaçant (on y parle abusivement de ''meilleur festival depuis des lustres'' ou de ''cru d'exception'') ; mais force est de constater que la compétition officielle comptait un bon paquet d'oeuvres majeures et/ou enthousiasmantes. Le palmarès lui-même, s'il a soulevé quelques commentaires grincheux, s'est pourtant fait un reflet plutôt exhaustif et pertinent de l'état du cinéma contemporain : divertissement pur et classieux (The Artist) vs films d'Auteur plus exigeants (Lars Von Trier, Nuri Bilge Ceylan), cinéma-vérité (Polisse) vs poudre aux yeux (Drive), grande symphonie opératique (The Tree of life) vs petite chronique intimiste et sociale (Le Gamin au vélo)... Un palmarès forcément imparfait, mais aussi joliment éclectique et cinéphile. Rien à redire, ou presque. Tout le contraire, en somme, de ce palmarès 2012.
En attendant de pouvoir juger sur pièces et de tirer des conclusions plus personnelles et assurées, petit top des films les plus attendus de la compétition (post-palmarès et hors films déjà vus en salles) :
- Holy Motors (Leos Carax)
- Mud (Jeff Nichols)
- Vous n'avez encore rien vu (Alain
Resnais)
- Killing them softly (Andrew Dominik)
- Amour (Michael Haneke)
- Au-delà des collines
(Cristian Mungiu)
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Les premières minutes du film font écho à The Company Men. Une armée silencieuse de DRH arpente les bureaux d’une
grande banque d’investissements new-yorkaise – sorte de double fictionnel de Lehman Brothers, qui fit faillite en 2008 – pour licencier la moitié de ses effectifs. La démarche de J.C. Chandor,
pourtant, s’avèrera moins humaniste que celle de son prédécesseur, plus radicale aussi, dérivant vers le film d’enquête à la Sydney Lumet ou Alan J. Pakula. Son héros du jour, Peter Sullivan
(Zachary Quinto), met les pieds sur une mine : le jeune trader découvre que sa boîte, à force de spéculer sur des biens sans valeur, s'est mise dans le rouge à plusieurs reprises. Les
temps ayant changé depuis Les Hommes du Président, Peter ne fait pas éclater la vérité au grand jour mais la fait sagement remonter en interne, jusqu'au sommet de sa hiérarchie. Verdict
: des milliards de dollars de pertes et un dépôt de bilan imminent.
La bataille est déjà perdue ; reste à élaborer une stratégie pour y laisser le moins de plumes possibles, quitte à refiler la patate
chaude à ses concurrents et faire couler les trois-quarts de Wall


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