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Mardi 20 décembre 2 20 /12 /Déc 19:39

 

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[ATTENTION SPOILERS : ce qui suit révèle quelques éléments clé de la deuxième saison]

 

     Tout le monde vous le dira : la saison 2 de Breaking Bad est celle de son accomplissement, de son envolée vers les hauteurs des séries d'exception. Tout y est plus fin, plus profond, plus drôle, plus effrayant, plus bon... En passant la seconde, la fiction de Vince Gilligan multiplie ses épisodes par deux (de sept à treize) et optimise ses qualités au carré, voire au triple. Un signe qui ne trompe pas : de la guest star prestigieuse vient même s'infiltrer dans le casting – Danny Trejo et sa gueule de truand mexicain, ça n'est pas rien... Walter H. White, ce point d'interrogation, s'y affirme définitivement comme l'un des (anti) héros les plus passionnants que la télévision ait connus ces dix dernières années. Explications. 

 

 

EVERYBODY LIES
 

BB2-window-copie-1.jpg    Les premières images nous plongent au fond de la piscine des White, en compagnie d'un nounours rose salement amoché. La peluche est le seul élément de couleur dans un univers de noir et blanc (hommage déguisé au Schindler's List de Spielberg) hanté par un indescriptible parfum de mort. Selon un artifice sériel popularisé par Lost, le deuxième round de Breaking Bad commence par nous raconter sa fin, en un flash-forward très graphique qui se répètera tout le long de ses treize épisodes, comme un cauchemar prémonitoire et funeste. De quoi craindre le pire pour le chimiste d'Alberqueque et sa gentille tribu... sauf que les apparences sont trompeuses, une fois de plus, dans cette fiction trouble qui aime à jouer avec nos nerfs et nos a priori. Oui, la deuxième saison de Breaking Bad est celle du Mensonge, généralisé, institutionnalisé, tentaculaire, parfois nécessaire (et parfois non). Qu'il trompe son dealer Tuco pour ne pas se faire zigouiller, sa femme Skyler pour la protéger ou son beau-frère Hank pour lui échapper, Walter s'y révèle en prédateur matois et toujours sur la sellette, se tirant des situations d'urgence avec une étonnante capacité d'adaptation. Retors en diable, le scénario s'amuse à lui concocter imprévus et chausses-trappes à la pelle, afin qu'il invente des bobards tous plus aberrants les uns que les autres : errance amnésique (et nudiste) dans le désert, visite à la maman dans le Nord, ''dons'' tombant du ciel pour financer sa chimio... Mais la manipulation trouve rapidement ses limites. Il est loin, le parfait petit cocon du pilot : de soupçons d'infidélité (Walter avec Gretchen) en tentations d'infidélité (Skyler avec Ted Beneke), d'absences répétées en téléphones portables de trop, l'équilibre familial vacille et pourrit de l'intérieur... jusqu'à éclater. Dans les dernières minutes de la saison, face à son mari désemparé, Skyler (Anna Gunn, puissante) récapitulera toutes ses faussetés proférées depuis des mois, chaque révélation sonnant comme une condamnation sans appel.

 

BB2 hank ascenseur   On aurait tort, pourtant, de penser que Walt est le seul menteur de la série : « everybody lies » diagnostiquait jadis l'affable Gregory House – et une fois de plus, il n'avait pas tort. En effet, la deuxième mouture de Gilligan se démarque de la précédente par son traitement des personnages secondaires, qui bénéficient enfin de caractérisations dignes de ce nom, voire de blocs d'épisodes entiers pour leur permettre de s'épanouir. Bonne nouvelle : ceux qui y gagnent le plus s'appellent Hank et Jesse. Le premier, fragilisé par les traumatismes vécus au boulot (meurtres, attentats), se cache derrière sa carapace de flic rigolard et indestructible pour mieux masquer ses fêlures. Le second, qui vaut mieux que son sobriquet d'éternel junkie, se clashe définitivement avec ses parents, connaît une traversée du désert d'une cruauté sans nom puis trouve la rédemption (de courte durée) auprès de sa jolie propriétaire, Jane Margolis, avec qui il entame une idylle sur fond de tatouages. L'interprétation de Dean Norris et d'Aaron Paul gagne considérablement en nuances, mettant à jour des personnalités plus profondes qu'il n'y paraît, rivalisant presque avec les abîmes de complexité de Walter (le toujours exceptionnel Bryan Cranston). Miné par le secret, chacun ment autant aux autres qu'à soi-même et précipite le désagrégement des cellules familiales – Jane et son père, Hank et Mary, Walter Jr qui exprime le rejet de son père en se faisant appeler ''Flynn''...


 

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CRIMINAL LAWYER

 

     Cette spirale du mensonge s'amplifie à la mi-saison avec l'entrée en scène de Saul Goodman (l'hilarant Bob Odenkirk), avocat marron et expert en filouterie, qui va fournir aux deux dealers en herbe (mais pas d'herbe) des alibis de plus en plus déments. Avec lui, c'est tout un système de sacro-saintes valeurs américaines qui se voient malmenées avec une ironie grinçante. Sur le toit de son ''cabinet'' aux airs de fast-food d'autoroute trône une Statue de la Liberté en plastique, grotesquement battue par les vents, tandis que ses spots télévisuels ultra-ringards ressassent les symboles de la Justice comme un argument publicitaire bidon. Dans son antichambre défile une civilisation de rednecks, abandonnée par la modernité, gangrénée par les trafics : drogués en pagaille, dealers dégénérés, garagistes véreux... Bienvenue dans une terre de non-droit où l'on écrabouille des crânes avec des cash machines, où l'on engage des gamins comme porte-flingues et des tortues comme mines à explosifs, où le sympathique KFC du coin dissimule un gigantesque commerce de meth. Mais Breaking bad, si elle n'hésite plus à traiter des thèmes les plus noirs ou à désamorcer par l'humour les images les plus choquantes, ne porte nullement un regard moral (ou moralisateur) sur ce qu'il nous montre ; tout juste fait-il le constat désabusé et lucide des faiblesses de l'âme humaine, avec une distance parfois teintée de compassion.


 

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MA PETITE ENTREPRISE

 

      Et l'intrigue ? Le show commence par ce qu'il avait de mieux à faire : éliminer l'encombrant Tuco Salamanca d'entrée de jeu, certes un grand vecteur de suspense (le monstrueux épisode 2 avec le ''Tio'' faussement gâteux, qu'on suit le souffle coupé), mais dont le cabotinage outré sortait la série de son si cher réalisme. Celui-ci enfin dégommé, le récit perd en tension ce qu'il gagne en finesse et en intérêt. Car le plus passionnant reste à venir pour Walter/Heisenberg et son partenaire : se lancer, à eux seuls, dans le bizness de meth. Du moins essayer... pour mieux se planter en beauté. Prisonniers de leur modeste condition, les deux larrons se rêvent en balloon-fishes (gonfler les biscotos pour faire peur aux plus grands quand on est tout petit) mais ne sont ni des héros surpuissants, ni de complets salauds : ils seront même incapables de buter l'un de leurs employés lorsque celui-ci se fait coffrer par les flics et devient trop gênant ! De cette impuissance originelle, la série tire de grands moments d'Absurde tragi-comique où le chimiste, qui croit avoir les choses bien en main (« Handle it ! » intime-t-il à Jesse en lui tendant le pistolet), n'est qu'une marionnette soumise aux lois du hasard ou aux caprices du destin. Deux pics de la série jouent les piqures de rappel : l'inattendu Peekaboo (2X06), dans lequel Jesse se fait mater par les deux acheteurs récalcitrants qu'il est censé intimider, et le génial 4 Days out (2X09), superbe huis-clos à ciel ouvert où les comparses se retrouvent bloqués en plein désert, millionnaires potentiels qui ne peuvent même pas tirer profit de la came qu'ils viennent de produire. La mécanique se grippe, lâche les protagonistes, refuse de se plier à leurs désirs : télévisions, voitures, camping-cars, pistolets, rien ne veut fonctionner correctement...

 

     A contre-cœur, les deux faux caïds devront se résoudre à jouer les subalternes auprès de poissons plus gros qu'eux (Gus Fring en l'occurrence, personnage central des prochaines saisons). Une forme de déception pour Walter White, dont le portrait se fait extrêmement tranchant. Actes de plus en plus inexcusables, motivations ambiguës, comportement agressif et sans scrupules... D'abord bon samaritain voulant pourvoir aux besoins de sa famille, le chimiste s'abandonne progressivement à sa part ''Heisenberg'', tirant une jouissance non feinte de son néo-statut de badass (final anthologique de l'épisode 10 : « Stay out of my territory », articule-t-il à une paire de criminels épouvantés, un sourire carnassier au coin des lèvres). C'est aussi le spectateur qui se fait avoir, partagé entre identification et rejet, fascination et répréhension, questionné par les frontières ténues du Mal. Et ce, même si l'insertion du cooker dans le monde de la pègre est loin de se dérouler comme prévu : il n'est pas « Vito Corleone », proteste-t-il face à Saul Goodman - lequel lui répondra, goguenard : « Ça c'est sûr : vous êtes plutôt Fredo ! ».


 

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MINI FILM, MAXI FILM

 

BB2-Negro-y-azul-copie-1.jpg       Pour deux pas en avant, « trois pas en arrière » donc. On pense inévitablement au meilleur des frères Coen dans cette sociologie du tocard aux yeux plus gros que le ventre, en particulier à leur splendide No country for old men : mêmes paysages de western désolé, même art du dialogue pathétique, même jeu de chat et de la souris pour une poignée de dollars (tachée de sang). On y retrouve également le trio de mariachi mexicains, chantant ici la gloire de la légende Heinsenberg en une ballade endiablée (« Negro y azul »), au cours du pré-générique mémorable de l'épisode 7. De plus en plus cinématographique, la mise en scène de Breaking bad joue des temporalités pour composer de purs blocs atmosphériques (les immersions traumatiques dans la tête de Hank) ou faire doucement monter la moutarde (le plan-séquence introductif de l'épisode 8, où Badger se fait choper par les Stups), ponctue ses séquences de petites ''pointes'' qui font mouche (la clochette du ''Tio'' Salamanca), multiplie les angles de caméra bizarres (adoptant le point de vue d'une roue de vélo, d'un ours en peluche etc). Série à la rupture de ton permanente, où la musique – festive – vient souvent en contrepoint des situations – condamnables ou atroces –, elle ne cesse de mêler à son récit des imageries étrangères, hétérogènes, tirées du vidéoclip ou d'un psychédélisme post-Transpotting. Dans une interview donnée aux Inrockuptibles, Vince Gilligan avouait concevoir « chaque épisode comme un mini-film, chaque saison comme un maxi-film ». Son scénario, par ailleurs remarquablement ficelé, en tire sa cohérence. « Un épisode naît souvent d'une image » ajoutait le showrunner ; il peut aussi naître d'un son, d'un effet de flou, d'une couleur pourrait-on compléter. A la frontière entre tape-à-l'oeil et pince-sans-rire, ces artifices ne sont pas forcément neufs (et ont déjà été amplement employés en saison 1, par ailleurs) mais trouvent leur raison d'être dans un style à la richesse terriblement attractive, aux contours désormais bien définis. Au sommet de son art.

 

 

FAMILY MAN

 

BB2-bebe-copie-1.jpg      Au fond, conformément à la stratégie de tromperie déployée par la série dans son ensemble, cette deuxième session de Breaking Bad traîne derrière elle pas mal de péripéties déceptives, du moins d'un point de vue de spectateur lambda (et de ce que ce spectateur pourrait attendre d'une série policière classique). Le dentier de Tuco repêché dans une rivière, le fameux flash-forward en noir et blanc promettent de la baston, du coup de feu, mais il n'en est finalement rien : ce qu'ils nous disent renvoit à des enjeux plus essentiels, plus intéressants aussi. A cet égard, le season finale s'offre une improbable caution spectaculaire (un double crash d'avion, rien que ça) mais se pose surtout comme un moyen de métaphoriser la chute de Walter White à l'heure où celui-ci, ironiquement, a vaincu ses derniers ennemis – son cancer est en rémission, Tuco est six pieds sous terre, les velléités de chantage de Jane ont été odieusement étouffées dans son vomi. Alors que son deuxième enfant vient de venir au monde (au cours de l'un de ses deals, coup du sort), sa femme découvre le pot aux roses et sa famille l'abandonne. Une Famille qui, sans en avoir l'air, aura été le thème le essentiel de cette saison, son fond dramatique masqué derrière ses litres de sang, ses intrigues semi-mafieuses et son humour grinçant. Deux scènes magnifiques, en fin de parcours, viennent l'exprimer avant qu'il soit trop tard. Dans la première, formidable sommet de cynisme, Walter passe pour un family man bien sous tous rapports devant les caméras de la télévision locale, venue s'extasier sur le site Internet de dons mis en place par son fils, en réalité alimenté par l'argent de la drogue ; dans son regard déchirant se lit toute la détresse du monde. Dans la seconde, il croise le père de Jane Margolis et disserte avec lui sur la blessure paternelle, celle de voir le temps filer trop vite, l'innocence originelle se ternir, les enfants leur désobéir. Le sous-texte est limpide : l'enfant de Walter, c'est aussi Jesse Pinkman, avec qui la relation quasi-filiale n'a jamais été aussi viciée par la traîtrise.

 

     Alors, ce nounours rose noyé dans la piscine ? Ce n'était finalement que Walter lui-même, dont le pull s'harmonise à la couleur de la peluche (clin d'oeil hénaurme adressé aux spectateurs) : ayant approché le feu de trop près, il se retrouve carbonisé, au fond du trou, seul. A un tournant de son existence, elle-même en sursis, un nouveau dilemme s'impose à lui : laisser tomber son trafic (il possède suffisamment d'argent pour subvenir aux besoins de sa tribu) ou poursuivre l'exploration de ses sombres penchants. On vous laisse deviner la teneur de son choix à l'aube de la saison 3... Un indice ? Celle-ci prendra des directions de plus en plus noires.


 

BB2-end.jpg    Breaking Bad saison 2   ****

 

    créé par Vince Gilligan

   avec Bryan Cranston, Aaron Paul, Anna Gunn, Dean Norris, Bob Odenkirk, Kristen Ritter, Betsy Brandt, RJ Mitte, Raymond Cruz, John de Lancy, Christopher Cousins, Giancarlo Esposito, Danny Trejo...

 

     Etats-Unis

     2009

Par fredastair - Communauté : Les anciens d'AlloCiné
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Lundi 5 décembre 1 05 /12 /Déc 01:04

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       Comment Walter H. White, modeste prof de chimie d'Albuquerque et ancien prix Nobel de Physique (fictif), a-t-il pu se retrouver en slip au milieu du désert du Nouveau-Mexique, conduisant à toute berzingue une caravane volée – et avec deux cadavres à l'arrière –, un masque à gaz collé sur le nez, un flingue à la main et les flics à ses trousses ? C'est cette énigme, au terme d'un pré-générique pour le moins déroutant, que s'échineront à résoudre les cinquante-cinq minutes du pilote de Breaking Bad. Et c'est, partant, toute la problématique de cette fantastique série : quelles raisons peuvent amener un homme à péter les plombs, à ''mal tourner'' ? Jusqu'à quels retranchements doit-il être poussé pour éprouver ainsi sa capacité de survie ?

 

 

Cap'tain Cook

 

     Son créateur, Vince Gilligan, ex-scénariste de X-files (cherchez l'erreur), nous y livre sa vision très personnelle de la crise de la cinquantaine. Soit Walter White donc, bon mari et père de famille, bon bougre un peu falot, un peu raté (il a loupé une brillante carrière de chercheur et doit travailler à mi-temps dans un car wash pour joindre les deux bouts), qui apprend du jour au lendemain qu'il est affecté d'un cancer des poumons en phase avancée. Aucune chance d'en réchapper, son espérance de vie est brusquement réduite à un ou deux ans, et ses misérables économies ne suffiront pas à subvenir aux besoins de ses proches. Inspiré par les récits de son beau-frère, agent de la Brigade des Stups, Walter trouve alors un moyen radical de payer ses factures et de pallier à son ''absence'' : fabriquer (« cook ») et dealer de la méthamphétamine, drogue dure très prisée au sud des Etats-Unis, avec l'aide de Jesse Pinkman, junkie un brin minable qui a jadis écumé ses salles de classe. Son perfectionnisme et son talent naturel accouchent bientôt du produit le plus pur de la région... Modèle d'exposition et de concision, le premier épisode de Breaking bad érige ainsi la parfaite petite famille telle que se la représente l'american dream : une femme aimante sur le point d'accoucher, un premier fils handicapé mais vaillant, une vie paisible, une voiture, une maison en banlieue, des brunchs réguliers chez la belle-sœur... Mais à peine a-t-on fait la connaissance de la tribu White que celle-ci est dynamitée de l'intérieur, sans faire de bruit : c'est une bombe à retardement qui s'enclenche, dans le non-dit. Car, bien entendu, Walter ne révèle rien à ses proches de son cancer ni (encore moins) de son commerce illicite. Dans un premier temps en tout cas.


 

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White and black

 

     Sans être exempt de défauts, Breaking bad se démarque déjà par son mélange singulier d'ironie grinçante et de gravité existentielle, traçant son chemin avec des ficelles un peu grossières mais qui ne demandent qu'à s'affiner. C'est que Vince Gilligan, en bon spécialiste de substances addictives, a compris qu'une accroche réussie ne suffisait pas : le plus ardu est de conserver son public derrière. Dont acte. Enquillant d'abord les rebondissements à une vitesse invraisemblable (les deux premiers épisodes, infernaux), le showrunner s'amuse ensuite à ralentir considérablement la cadence, jouant d'un tempo paradoxal pour mieux se concentrer sur sa pièce centrale : Walter White, cas désaxé et passionnant, dont il se plaît à titiller les limites morales. Voilà que la saison 1 de Breaking bad se mue en un huis-clos psychologique particulièrement long et éprouvant, étendu sur plusieurs épisodes. L'anti-héros Walter, prisonnier de logiques contradictoires (faire le mal pour ''la bonne cause'', tuer pour ne pas être tué), y est confronté à de premiers dilemmes cornéliens et autres problèmes insolubles (notamment parmi les plus pragmatiques : comment faire disparaître un cadavre, comment occire un homme dans une cave ?). Jouet de l'expérience sadique du laborantin Gilligan, le cobaye Walter va devoir faire des choix, mesurer les conséquences de ses actes et prendre des décisions difficiles – moteurs sériels par excellence.

 

       Au fil du face-à-face entre le prof et sa future victime (qui révèle progressivement son humanité, histoire de corser les choses), éclate la qualité la plus enthousiasmante de la série, une qualité qui ne cessera de se confirmer par la suite : son approche extrêmement fouillée (et pessimiste) de la nature humaine. Une vision sans ambages, parfaitement relayée par la performance quatre étoiles de Bryan Cranston. Le comédien, plutôt reconnu pour sa verve comique (Malcolm, How I met your mother), y est incroyable de noirceur, de nuance et de profondeur, chaque épisode dévoilant une nouvelle facette de son personnage. Un personnage que Vince Gilligan n'hésite pas à nous montrer dans le plus simple appareil (il commence l'épisode 1 en slip et le termine à poil) ou dans les situations les plus atroces (les excès gore de l'épisode 3), pour mieux le mettre à nu. « Walt, is that you ? », murmure sa femme Skyler à la fin du pilote, lors d'une scène de sexe étonnamment décomplexée pour une série américaine de cet acabit. Meurtre, maladie, délit... En étant entraîné dans ses extrêmes, l'être humain en sort vainqueur et reforgé, puisant en lui des forces insoupçonnables et toujours renouvelées... au risque de devenir méconnaissable. Ou de scinder son identité en deux entités : l'une, diurne et sociale (Walter White) ; l'autre, obscure et interlope (le pseudonyme Heisenberg, du nom d'un physicien allemand qui travailla pour le régime nazi, ça ne s'invente pas). Face à ce monstre de charisme et de complexité, celle qui tire le mieux son épingle du jeu reste encore Anna Gunn, délicieuse en Mme White compatissante : loin de jouer les potiches, elle s'affirme comme le véritable socle de cette première saison, son cœur secret et douloureux.


 

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Tuco toqué

 

        Il fallait bien cette humanité, poignante à ses heures, pour contrebalancer les péchés mignons du script, soit un sacré lot d'approximations (plusieurs rôles secondaires taillés au burin, notamment le flic beauf Hank) et d'excentricités graphiques. Symbole de ce surplus de matière grasse, l'exubérant personnage de Tuco Salamanca (le comédien Raymond Cruz, cabotin), dealer latino et psychopate comme le cinéma n'avait plus osé en représenter depuis la fin des années 80, borderline et fonce-dé, sniffant sa came sur la lame de son énorme couteau de chasse. Négatif absolu de Walter, Tuco est aussi l'exacerbation de sa face sombre, de l'univers malade dans lequel il a accepté de plonger : il est la passerelle nécessaire entre Walter et Heisenberg. Sous son impulsion, l'anti-héros accomplit sa mutation, troque sa frimousse de Ned Flanders contre le crâne rasé très badass du cancéreux, assume enfin son statut de baron de la drogue (avec sa touche personnelle, le blue cristal). Quitte à en passer par l'intimidation, la ruse ou la violence, comme le démontrent les deux épisodes conclusifs de la saison, de haute volée (en particulier le 1X06 Crazy Handful or Nothin', dément). Tout s'accélère, l'intrigue grimpe en tension, le spectateur s'implique totalement, curieux de connaître l'issue de toute cette affaire – rythmée, entre autres, par les séances de chimio de Walt et les deals réguliers avec Tuco, qui menacent continuellement de ''mal tourner''.


 

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Drogue dure

 

      Pour son premier tour de piste et rail de coke, Breaking bad affirme des qualités non négligeables : un ton (cruel, sans pitié), un humour (noir, saignant), une écriture (affûtée, inspirée), un rythme (bizarre et entraînant, tout en contretemps), une mise en scène (qui brille davantage par éclats occasionnels, le reste demeurant efficace mais passe-partout). La série remplit son contrat de ''drogue dure'' piquante et addictive, mais il lui manque encore un petit quelque chose – une ampleur ? un grain de folie ? – pour en faire un ''grand-œuvre'', pour rendre chacun de ses épisodes vraiment emballants et mémorables. Des ingrédients que la saison 2 ne tardera pas à ajouter à sa recette.



tambour-copie-1     Breaking bad, saison 1   ***

 

     crée par Vince Gilligan

     avec Bryan Cranston, Anna Gunn, Aaron Paul, RJ Mitte, Dean Norris, Betsy Brandt, Raymond Cruz,  Maximino Arciniega, Steven Michael Quezada...

 

      Etats-Unis

      2008

Par fredastair - Communauté : Les anciens d'AlloCiné
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